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Kokotce atisokana

21. Les Witikos


[…] Les Witikos ne furent jamais très nombreux. Tout au plus un ou deux parcouraient le pays, et cela par intervalles. Quelquefois, on était un grand nombre d’années sans en voir et en entendre parler.
D’après les Têtes-de-Boule, les Witikos étaient des gens possédés du démon. Mais dans tous les cas, avant de devenir des Witikos, ils avaient été de puissants jongleurs, de terribles et féroces sorciers.
Il y avait des hommes et des femmes witikos, mais ils ne restaient jamais ensemble comme couple marié. Si par hasard un Witiko en rencontrait un autre, une bataille terrible s’ensuivait et le vainqueur dévorait le vaincu.


Les Witikos étaient nus, été comme hiver et ils n’avaient jamais froid. Leur peau était noire comme celle des gens de couleur. Ils se frottaient sur les sapins, les épinettes et les autres arbres résineux, comme le font les animaux. Lorsqu’ils se gommaient ainsi sur les résineux, ils allaient se rouler dans le sable, de telle sorte qu’on aurait dit, après ces opérations, qu’ils étaient de pierre.


Les Witikos n’avaient pas de lèvres. Leur bouche était affreuse et menaçante. Lorsqu’ils respiraient, ils émettaient un sifflement sinistre à travers leurs dents. Leurs yeux immenses roulaient dans le sang. Ils ressemblaient à des yeux de hibou. Leurs pieds, qui mesuraient près d’un mètre, n’avaient qu’un seul doigt, un gros orteil. […]


La voix des Witikos était stridente et effrayante, et résonnait plus que le tonnerre. […]


Les Witikos mangeaient du bois pourri, de la mousse de marécage, des champignons, des cadavres et de la chair humaine. […]


Depuis que les Indiens sont devenus fervents, c’est-à-dire catholiques, les Witikos qui espionnent les Indiens près de leurs caches, à proximité des rapides, et ainsi de suite, ont cessé de se repaître de chair humaine, et on peut dire qu’il n’y en a plus. […]


La puissance des Witikos était prodigieuse. D’un coup de main ou de tour de poignet, ils pouvaient éventrer aussi bien les hommes que les chiens. Aucune flèche, aucune hache, rien sur terre ne pouvait les tuer. Toutefois, il arriva que certains furent tués. […]


Les Witikos avaient l’habitude d’allumer de gros feux de forêt qu’ils éteignaient en un instant. Dans leurs courses, ils pouvaient érafler la surface de la terre, écimer les arbres, et disparaissaient souvent au loin dans les nuages. Ils écumaient la surface de l’eau et pouvaient plonger dans l’eau aussi facilement qu’un balbuzard. Ils traversaient ainsi des lacs sans revenir à la surface. Ils allaient avec une telle rapidité qu’ils soulevaient des vagues capables d’engouffrer de très gros canots.

23. Witago


À Obidjuan, les Indiens comprennent le mot atcĕn ― mais ils ne l’utilisent jamais. Ils utilisent seulement deux mots, Witago et Kokodjeo.


Les enfants connaissent Witago sous le nom de Kokodjeo. Lorsque les enfants grandissent, ils apprennent que Kokodjeo est Witago. […] Les petits enfants ont peur du cri du hibou, car on leur a appris que c’était la voix de Kokodjeo.


Si un enfant est vu en train de manger de la glace en hiver, les vieilles femmes lui diront : « Ne mange pas de glace sinon tu te changeras en un Witago. »


Ce tabou concernant la glace prévalait à Obidjuan il y a très longtemps mais il s’agit plus d’une coutume de Waswanipi.

25. Histoire de Wĭhtĭgō


Il y a très longtemps, alors que les premiers hommes vivaient sur terre, il y avait un homme qui savait qu’un cannibale viendrait visiter son frère. L’homme savait que son frère ignorait tout de la venue du Wĭhtĭgō et il savait aussi que le Wĭhtĭgō s’en venait tuer son frère. L’homme était plus fort que le Wĭhtĭgō. Il avait rêvé qu’il dominerait le cannibale avant que celui-ci ne tue son frère. Le Wĭhtĭgō, lui, ne rêvait qu’aux autres Wĭhtĭgōs.


L’homme savait quand le Wĭhtĭgō viendrait à la recherche de son frère. Alors, il se rendit à un lac fréquenté par son frère pour essayer de rencontrer le Wĭhtĭgō là où il pourrait le trouver sur le chemin que son frère empruntait. Mais le Wĭhtĭgō était déjà passé quand il y parvint. Sur la rive du lac, l’homme fit une pause et mangea. Puis il partit à nouveau à la poursuite du cannibale quand il repéra l’endroit où celui-ci avait mangé un enfant. Le Wĭhtĭgō avait laissé derrière lui l’omoplate de l’enfant avec lequel il avait pratiqué la scapulomancie. Le Wĭhtĭgō voulait savoir comment trouver le frère de l’homme.


Le Wĭhtĭgō s’était ensuite lancé sur les pistes de son frère et il savait maintenant où sa famille était campée. Le Wĭhtĭgō s’approcha du campement et se cacha dans la neige ne laissant que sa tête dégagée. L’homme qui le pourchassait était toujours sur sa piste. Il le vit et lui dit : « Kwe, kwe, que fais-tu là ? Sors de là et viens avec moi. Viens à la tente. » Le Wĭhtĭgō ne savait pas quoi faire. Il avait peur. L’homme lui dit : « Dépêche-toi. » Lorsque le Wĭhtĭgō arriva à la tente, l’homme dit à son frère et à sa famille : « Placez-vous d’un côté de la tente. J’amène un étranger avec moi. »


Une fois l’homme et le Wĭhtĭgō à l’intérieur, l’homme s’adressa à l’épouse de son frère : « Va chercher une grosse marmite. Retrousse tes manches et ne fais pas attention si le Wĭhtĭgō te voit l’anus. »

Lorsque le Wĭhtĭgō vit son cul nu, il n’eut alors qu’une seule envie : se lever et sauter sur la femme.

L’homme le calma : « Reste tranquille. Reste tranquille. » Le frère de l’homme demanda au Wĭhtĭgō : « Où donc as-tu repéré mes traces ? » Le Wĭhtĭgō répondit : « Je les ai repérées au même endroit que ton frère les a repérées. »

 

En s’adressant à ce dernier qui l’avait poursuivi, le Wĭhtĭgō répéta la question : « Où donc as-tu repéré la piste de ton frère ? » « Je l’ai repérée », dit-il « là où tu as mangé et où tu as pratiqué la scapulomancie avec l’omoplate d’un enfant ».


Le Wĭhtĭgō dit : « C’était l’omoplate d’un ours, pas celle d’un enfant. » L’homme protesta : « Non, je sais faire la différence entre l’omoplate d’un enfant et celle d’un ours. » Le Wĭhtĭgō répliqua : « C’était une omoplate d’ours. » L’homme dit encore : « Non, c’était une omoplate d’enfant. »


L’homme s’adressa ensuite à tous ceux qui étaient dans la tente : « Sortez. Je vais me battre avec le Wĭhtĭgō. » Il y avait une grosse famille dans la tente : plusieurs fils avec leur femme et leurs enfants. De l’extérieur, ils entendirent le Wĭhtĭgō qui disait : « Tu ne peux pas me maîtriser. » Alors, l’homme lui dit : « Attends un peu et tu verras ce que je vais faire avec toi. » Le chaudron de viande sur le feu commençait à bouillir — tout le monde était sorti.
De l’extérieur, on voyait la tente trembler tellement le combat était fort. À la fin, on vit beaucoup de fumée s’en échapper. L’homme avait saisi le Wĭhtĭgō et lui avait placé la tête dans les braises chaudes. Il avait renversé le chaudron sur le cannibale et l’avait ébouillanté. Le visage du Wĭhtĭgō était tout brûlé et ébouillanté et écorché par les braises. Et c’est ainsi que le Wĭhtĭgō fut tué.

Fin de l’histoire.
ALEXANDER PITCIKWI tient cette histoire de son vieux grand-père de Wemotaci.

Source : Les récits de notre terre - Les Atikamekw - Daniel Clément
KOKOTCE ATISOKAN

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